Quand la violence devient virale : pensons aux proches et aux intervenants
La mort de Mohamed Lamine Benredouane, policier du SPVM, a fait l’objet de manchettes, de publications, de billets de blogue, de podcasts et de milliers de conversations dans les derniers jours. Les gens en parlent parce que c’est d’actualité et parce que ça choque. Les médias en parlent parce que c’est un événement majeur, et oui, il est important que la population sache ce qui se passe.
Le dérapage et les médias sociaux
Mais, et c’est là où, pour moi, quelque chose dérape, je trouve qu’on manque d’humanité quand je vois circuler la vidéo de la fusillade sur internet. Ça dépasse l’entendement. Pourquoi mettre ces images en ligne? J’ai beau chercher, je ne trouve aucune raison valable de montrer au monde des images d’une telle violence.
Je pense à sa famille, à ses collègues, à ses amis et à toutes les personnes qui ont un lien avec le milieu policier. Je pense à ses enfants qui, un jour, tomberont peut‑être sur la vidéo de ce héros qu’était leur père. J’ai une pensée pour sa collègue, qui n’a certainement pas besoin de revoir ces images encore et encore. Je pense aussi aux personnes déjà en détresse, qui pourraient s’identifier au geste de cet individu perturbé et s’en inspirer pour faire encore plus de ravages. Et je ne comprends toujours pas pourquoi les plateformes comme Facebook, YouTube et les autres permettent la diffusion de telles images, malgré les appels à la prudence.
Si vous voyez apparaître des vidéos ou des images de cet événement, je vous demande, je vous supplie, de les signaler au service de la plateforme sur laquelle vous êtes à ce moment. Nous avons collectivement la responsabilité de limiter la propagation de cette violence. Tout cela doit disparaître, pour le bien de sa famille, de ses enfants et de toutes les personnes touchées de près ou de loin.
Qui s’occupe d’eux
Ce qui m’inquiète encore plus, ce sont les intervenants de première ligne qui ont été plongés dans cet événement cauchemardesque. Qui prend réellement soin d’eux? Qui prend le temps de s’occuper des répartiteurs et répartitrices du 911 qui ont reçu l’appel? Des paramédics qui se sont précipités sur place pour secourir les victimes? De nos policières et policiers déployés sur les lieux et tout autour du périmètre de cette scène aussi tragique qu’incompréhensible?
Et il y a aussi toutes les autres personnes qui auraient voulu aider, mais qui n’ont pas pu. Ce sentiment d’impuissance peut devenir envahissant, laisser un arrière‑goût amer et s’ajouter à ce que plusieurs portent déjà depuis longtemps.
Le poids du drame
Ne restez pas seuls avec ce poids. Il existe des services à votre portée :
- Info‑Social 811 (option 2) : pour joindre rapidement un professionnel en intervention psychosociale, 24/7.
- Prévention du suicide : 1‑866‑APPELLE (277‑3553) ou texto 535353.
- Tel‑Aide Québec : ligne d’écoute active et confidentielle, de 9 h à minuit, au 418‑686‑2433 ou sans frais au 1‑877‑700‑2433.
Si vous êtes un intervenant de première ligne, il existe des services spécialisés pour vous :
- La Vigile : 581‑742‑7001 ou 1‑888‑315‑0007.
- Programme d’aide pour le personnel policier (PAPP) du SPVM : pour une assistance immédiate, les employés peuvent composer le 438‑402‑1596.
Vous n’avez pas à gérer ça seul. Demander de l’aide après un événement comme celui‑ci, ce n’est pas un signe de faiblesse; c’est un geste de protection pour soi, pour sa famille et pour ses collègues.
