Savez-vous combien de victimes a fait cet accident ?
L’image ci-haut a été capturée le 7 août dernier, suite à une collision ayant survenue dans la région de Trois-Rivières, dans laquelle une jeune femme de 20 ans a été gravement blessée et sa sœur de 15 ans a malheureusement perdu la vie.
Maintenant, savez-vous combien de victimes a fait cet accident ?
Des accidents mortels comme celui-ci, il y en a eu plus d’une trentaine depuis le début des vacances de la construction. Selon les derniers bilans routiers de la SAAQ, en moyenne, plus d’une vie par jour est perdue sur les routes québécoises; et les blessés s’élèvent à plus de 75!
Quand on parle des victimes, l’on tente généralement de signifier les personnes directement impliquées dans l’accident; mais l’on omet trop souvent de mentionner ces familles, amis et proches qui sont aussi des victimes, toutes aussi réelles, qui doivent porter une partie du poids imposé par l’évènement.
Ça ne s’arrête pas là. Il y a encore plus de victimes collatérales qu’on ne l’imagine, au-delà des victimes directes et de leurs proches, qui portent, elles aussi, un poids bien à elles.
Je veux vous parler de ces victimes silencieuses, celles qui ne sont pas impliquées directement dans l’accident. Parmi celles-ci : le bon samaritain qui arrive le premier sur les lieux et qui veut simplement aider. Ce qu’il voit, entend, sent ou touche laissera une empreinte indélébile qui le marquera potentiellement pour le reste de ses jours.
Imaginez maintenant ce que cela signifie pour un intervenant de première ligne, d’arriver sur de telles scènes plusieurs fois par année, et un nombre incalculable de fois dans une même carrière. Les plus touchés sont, sans aucun doute, les paramédics, les policiers, les pompiers, les infirmières et, sans oublier, les répartiteurs d’urgence.
Pour ces derniers, chaque appel les plonge au cœur d’une urgence, où ils doivent guider et rassurer avec calme, tout en absorbant à distance le chaos et la détresse qui se vivent à l’autre bout du fil. D’un calme olympien, ils recueillent des informations cruciales qu’ils transmettent aux intervenants sur le terrain, et guident l’appelant pour qu’il commence les manœuvres de réanimation, tout en tentant de garder celui-ci aussi calme que possible. Pendant ce temps, ils s’imaginent la scène afin de donner aux intervenants une idée aussi précise que possible de ce qui les attend. À cela s’ajoutent les cris de détresse et de souffrance qu’ils se doivent d’encaisser stoïquement. Et souvent, à l’arrivée des intervenants, l’appel se termine abruptement, sans un mot de remerciement ou dénouement.
Alors maintenant, combien de victimes a fait l’accident capturé ci-haut, selon vous?
Les intervenants de première ligne, derrière l’uniforme ou le casque d’écoute, ont une famille, des amis, des êtres chers. Cette jeune fille pourrait ressembler à leur propre enfant, à leur sœur, la gardienne des enfants ou leur rappeler une histoire vécue. C’est humain… et c’est souffrant. Les répercussions émotionnelles et les projections personnelles qu’entraîne un événement comme celui-ci sont incalculables.
Il y a aussi les questionnements et autres pensées assassines qui reviennent en boucle :
- J’aurais pu (ou dû) rouler plus vite !
- Est-ce que j’ai bien appliqué le protocole ?
- Est-ce que j’ai oublié quelque chose ?
- Si elle est décédée, c’est ma faute !
Ces phrases peuvent rester longtemps et chaque nouvel événement similaire vient raviver les blessures précédentes, empilant progressivement le poids émotionnel au fil de l’entièreté d’une carrière.
Pour continuer à servir dans un univers aussi exigeant que celui des interventions d’urgence, il est vital de parler: d’exprimer ce que l’on ressent et de nommer les émotions qui remontent. C’est notre soupape de sécurité. Attendre trop longtemps, c’est de prendre le risque que la pression explose au mauvais moment. Derrière chaque uniforme, il y a un être humain qui a besoin d’espace, d’écoute et de soutien pour continuer à protéger les autres… sans s’oublier au passage.
Ce texte ne m’est pas venu qu’en me basant sur l’actualité et sur le portrait que les intervenants de première ligne me donnent: il provient aussi de mes expériences personnelles. J’ai perdu mon jeune frère de 10 ans dans un accident de la route. J’ai revêtu l’uniforme pendant plus de 23 ans. J’ai porté, et continue de porter, une multitude de poids variables. J’ai aussi laissé ma soupape sans surveillance, jusqu’à l’explosion. De tout cela, j’ai appris que de parler et s’ouvrir, ce n’est pas un choix ou un luxe quand on travaille au service de l’autre : c’est une nécessité.
Sentez-vous libre de m’écrire à info@marioproulx.com ou de m’appeler en prenant rendez-vous via ce lien : Besoin de Parler. Je vous rappelle que nos échanges demeurent confidentiels.
Je vous laisse sur une citation de Laurell K. Hamilton
« Il y a des blessures qui ne se voient jamais sur le corps, mais qui sont plus profondes et plus douloureuses que tout ce qui saigne. »
